Personnalité du mois: Stephen Slessor

Pourquoi avez-vous choisi la traductologie comme domaine?

Ma carrière universitaire et professionnelle m’a souvent mené vers de nouvelles voies, et mon intérêt pour les langues et pour l’écriture en est la seule constante. J’ai enseigné l’espagnol, le français et l’anglais comme langues secondes au secondaire, au collège et à l’université. J’ai aussi été rédacteur et réviseur dans les secteurs public et privé. Lorsque j’ai entamé ma maîtrise en littérature anglaise à Concordia au début des années 2000, je faisais déjà un peu de traduction à la pige, ce qui me plaisait. J’ai suivi un cours de traduction littéraire avec Debbie Folaron, et j’ai eu la piqûre. Au moment-là, j’ai su que mon prochain diplôme serait en traduction.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment? Quels sont vos domaines de recherche?

En plus de mon emploi de jurilinguiste au ministère de la Justice, j’avance sur ma thèse à l’École de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa. Ma recherche envisage l’opéra Louis Riel d’Harry Sommers comme un acte d’histoire publique et explore le rôle de la traduction dans la représentation artistique multimodale d’un personnage clé à un tournant de l’histoire Métis et canadienne. En dehors de ma thèse, je m’intéresse aux intersections entre la technologie de la traduction et la production artistique, y compris la traduction littéraire.

Quel livre/film/groupe de musique vous a marqué ces dernières années?

Même si j’ai toujours aimé lire, j’ai peu d’énergie pour lire en dehors de mon travail et de mes études. Par contre, je prends le temps de lire des poèmes, qui ont un contenu littéraire et linguistique élevé sous un format compact. La composante autochtone de ma thèse m’a également fait prendre conscience de la nécessité de m’intéresser aux œuvres des artistes autochtones. L’automne dernier, j’ai donc assisté à une fabuleuse soirée 100 % autochtone à l’International Writers Festival d’Ottawa. Billy-Ray Belcourt, jeune poète et universitaire cri de la Première Nation de Driftpile, était venu y lire ses œuvres. J’ai acheté son recueil, This Wound is a World, qui a remporté le prix Griffin en 2018, et j’ai veillé tard pour le lire d’un bout à l’autre. C’est un récit intime et souvent très déchirant de l’exploration des identités queers et autochtones. Bien que je me sois fortement identifié à certains des éléments queers de la poésie de Belcourt, son travail a également renforcé en moi la distance qui sépare l’expérience coloniale de celles des Autochtones.

Si vous aviez un conseil à donner aux nouveaux étudiants en traductologie, quel serait-il?

Je me suis intéressé à la traduction au doctorat, ce qui signifie que mon retard d’apprentissage était important. J’ai rencontré nombre d’autres étudiants qui sont, eux aussi, arrivés tardivement dans le domaine. La magnitude de cette discipline la rend fascinante, mais également intimidante et difficile à naviguer. Il m’a fallu du temps et de nombreuses fausses pistes avant de trouver mon sujet de thèse. Mon conseil aux étudiants serait donc de ratisser large dans leurs lectures au cours des premières sessions, tout en gardant à l’esprit qu’ils vont pouvoir choisir et développer leur question de recherche, et la situer au sein du domaine. Plus rapidement ces liens s’établissent, plus il est facile de commencer la recherche tout en ressentant que nous apportons réellement quelque chose à la discipline.