Personnalité du mois : Isabelle Collombat

Pourquoi avez-vous choisi la traductologie comme domaine?

En fait, j’ai d’abord choisi d’être traductrice avant de devenir traductologue.

Ce qui m’anime comme traductrice est ce qui m’anime comme traductologue : la possibilité de satisfaire ma curiosité par la multitude de thèmes, de sujets et d’approches possibles. Discipline polymorphe, la traductologie autorise de captivantes incursions dans de nombreuses autres disciplines, plus ou moins connexes : sociologie, anthropologie, arts, ethnologie, philosophie, didactique ou encore sciences du langage. La traductologie, comme toute discipline axée sur une profession, permet en outre de se promener dans la « boîte noire » du praticien, de décrypter les processus à l’œuvre, d’en chercher et d’en comprendre les enjeux et les évolutions.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment? Quels sont vos domaines de recherche?

Mes champs d’intérêt et de recherche s’articulent autour de quatre axes principaux : la didactique de la traduction, les thématiques métatraductionnelles, la variation diatopique en traduction littéraire et pragmatique et la traduction de la métaphore.

La didactique de la traduction constitue selon moi un pilier essentiel d’une traductologie soucieuse de ses liens avec la pratique et les praticien·nes. Ce que j’ai nommé « thématiques métatraductionnelles » réfère à des thèmes et objets gravitant autour de la traduction et du traduire, de près ou de plus loin, à étirer les limites du paradigme : pseudo-traduction, retraduction, aspects liés à l’attitude des professionnel·les comme la confiance en soi ou la négociation, etc. La variation diatopique – que je ne situe pas au seul plan linguistique – est une composante essentielle de mon identité de traductrice et de traductologue franco-canadienne. La traduction de la métaphore, enfin, est pour moi symptomatique de l’empan décisionnel des traducteurs et traductrices.

Avec le recul, je me suis rendu compte qu’au fil de mes recherches et de mes publications, surtout celles qui portent sur la pratique professionnelle et la didactique, transparaissait de plus en plus nettement une approche humaniste de la traduction, que j’applique aujourd’hui de manière beaucoup plus marquée dans mes enseignements. J’aimerais, dans les années à venir, par exemple creuser l’apparent hiatus qui semble se faire jour entre ce que je ressens comme une nécessité humaniste et l’avènement de la traduction automatique.

Et puis, j’aimerais avoir davantage le temps… de traduire, tout simplement.

Quel livre/film/groupe de musique vous a marqué ces dernières années?

Nous vivons aujourd’hui dans une telle surabondance informationnelle et culturelle qu’il devient difficile de choisir un livre ou un film et même de déterminer celui qui nous marque le plus… Par contre, je trouve cette abondance très stimulante pour la musique : les plateformes de flux musical ont amplement de quoi satisfaire ma curiosité et mon penchant naturel pour l’éclectisme.

Si vous aviez un conseil à donner aux nouveaux étudiants en traductologie, quel serait-il?

Essayez de conjuguer passion et raison : choisissez un sujet de recherche que vous aimez et qui vous ressemble, et n’ayez pas peur de sortir des sentiers battus. Mais sachez restreindre vos questions de recherche et objectifs afin d’être capable d’effectuer votre recherche sur une durée réaliste et avec des moyens proportionnels à la finalité. N’oubliez pas que la plus grande qualité d’un mémoire ou d’une thèse, c’est d’être terminé…

Tentez d’allier créativité et rigueur : on peut tout investiguer, mais pas n’importe comment. Profitez de la multitude de méthodologies applicables à la traductologie – études empiriques, qualitatives, ethnographiques, sur corpus, etc. – pour servir au mieux votre recherche.

Pratiquez l’engagement sans oublier la distanciation : la traductologie se joue sur tous les fronts : recherche elle-même (mémoire, thèse, publications, communications), mais aussi enseignement et pratique professionnelle. Ne négligez aucun de ces trois pôles, qui enrichissent chacun votre curriculum vitae de traductologue. Mais sachez aussi prendre du recul parfois – faire une pause quand votre recherche est dans une impasse, prendre le temps de faire des choix réfléchis, changer de cap lorsque c’est nécessaire.