Personnalité du mois : Denise Merkle

Pourquoi avez-vous choisi la traductologie comme domaine?

Je crois que la traduction et la traductologie m’ont choisie jusqu’à un certain point. J’ai grandi à Toronto et étais enfant d’immigrants. La traduction faisait partie intégrante de notre quotidien. Après avoir amélioré ma maîtrise du français au premier cycle, j’ai fait des études de deuxième cycle en traduction. J’ai d’abord travaillé comme traductrice, puis suis passée à l’enseignement de la traduction, ce qui a conduit rapidement aux études doctorales en traductologie. Ma passion pour la discipline s’est épanouie au fil des années.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment?

La censure d’une œuvre littéraire ou de sa traduction m’a souvent sidérée : comment un simple roman, p. ex., peut-il provoquer une réaction si violente? Mon intérêt pour les écrivains et traducteurs engagés qui produisent des œuvres controversées et leurs démêlés avec les autorités n’a pas diminué avec le temps. Le pouvoir des traducteurs et de l’écrit ne cesse de me fasciner, de même que les diverses manifestations de la manipulation du discours. Ces questions me semblent d’une actualité cuisante dans un monde axé sur la technologie, qui dévalorise l’écrit et la littératie.

Quel livre/film/groupe de musique vous a marqué ces dernières années?

Ces dernières années, ce sont les artistes autochtones et métis qui me font beaucoup réfléchir sur tant de questions fondamentales. Le rappeur Samian, la poétesse slam Natasha Kanapé Fontaine, les écrivains An Antane Kapesh, Tomson Highway et Thomas King, le peintre Kent Monkman. Ce sont des artistes engagés, qu’ils le veuillent ou non, qui, en se servant de leur plume ou de leur pinceau, cherchent à contribuer autant qu’ils le peuvent (ou pouvaient…) à redresser les torts du passé afin de créer un meilleur avenir pour leurs peuples. Leur créativité, leur passion, leur engagement me touchent profondément.

Si vous aviez un conseil à donner aux nouveaux étudiants en traductologie, quel serait-il?

C’est peut-être un cliché, mais il faut aimer ce que l’on fait et travailler avec ardeur. Cela vous aidera à faire face à des revers et à des déceptions inévitables, et les choses auront plus tendance à s’arranger de façon satisfaisante à long terme. C’était le conseil bien avisé d’une de mes professeures, qui s’avère toujours pertinent.
De plus, il faut s’ouvrir aux occasions nouvelles, inattendues et inhabituelles, que la vie nous présente. Elles enrichiront immanquablement votre vision du monde.